C’est bien un des graves symptômes d’une société malade que ce Livre blanc, « le 115 pour berceau », met en lumière : la vulnérabilité des mères en situation de précarité. La fragilité des femmes qui, en quittant la maternité, doivent appeler le 115 pour pouvoir se loger, elles et leurs nouveau-nés.
Dans l'accueil d'une naissance, toutes n'éprouvent pas le même sentiment de libération. Des familles (ou des femmes seules) sans domicile fixe sont heureuses, elles aussi, de cette venue d'un enfant. Mais pour elles, quitter l’hôpital avec leur nourrisson c'est aussi une épreuve de plus. Pour trouver un logement (temporaire), c'est vers le 115 qu'elles se tournent. Celui-ci tente de répondre au mieux à leur demande. Mais le mieux n’est pas suffisant ! Tel est le constat qu'a fait un groupe de travail mis sur pied par Sabine Pirrovani et Patrice Fleury, de l’association Interlogement93.
En 2011, 116 femmes ont dû faire appel au 115, pour se loger à leur sortie d’une maternité de la Seine-Saint-Denis : soit plus de deux appels par semaine. Certaines seront logées à l’hôtel (quelques jours, avant d’en changer), d’autres seront orientées vers le Centre d’entraide des français de l’étranger (CEFR) ou vers des centres Mères-enfants.
Mais ce que dénonce ce rapport, c’est l’absence de solutions pérennes. Bien souvent les familles sont cahotées, obligées de déménager tous les trois jours et ne pouvant préserver les liens tissés avant la grossesse.
Et l’accueil dans les hôtels n’est guère adapté aux bébés : l'hygiène des chambres et des sanitaires est insuffisante, l'accès à une cuisine difficile… Ils n'ont que des conditions de vies pénibles – particulièrement pour des femmes fragilisées par leur état de fatigue – qui ne répondent pas au besoin d’affectivité et de sécurité des mères et de leurs enfants.
Outre un manque de chambres, le Pôle d’hébergement et de réservation hôtelière qui se chargeait de placer les familles a considérablement réduit ses horaires et le financement de la prise en charge par le département des nuits d'hôtel a considérablement diminué. Face à cette situation, le 115 a conclu en 2009 un partenariat avec le CEFR.
Celui-ci réserve vingt places pour l’accueil des mères sortant de maternité. Chambres individuelles, évaluation des situations et stabilisation des mères… : l’aide apportée est précieuse. Mais elle souffre d'une position géographique éloignée, mal desservie par les transports : une vingtaine de familles refusent d’y être logées (le plus souvent pour quelques jours).
Les conséquences sont bien sûr dramatiques. Le taux de mortalité infantile est élevé, 5.4 pour 1000 en Seine Saint Denis (33% de plus que le moyenne française). S. Stern, pédopsychiatre à l’hôpital Delafontaine, souligne que ces enfants, « vivent collés au corps de la mère, au rythme de ses inquiétudes, de ses peurs, de ses déambulations, de ses pérégrinations. Ces femmes, ne pouvant cuisiner ou faire des réserves, ont faim. Et l’impact de la faim et de l’insécurité engendre des modifications de la perception de la satiété de leur enfant.»
Le groupe de travail avance plusieurs propositions, par exemple la mise en place de fiches navettes pour assurer un meilleur suivi des bénéficiaires du dispositif, mais il reconnaît qu'une proposition de logement stable de six mois (du sixième mois de grossesse au troisième mois du nourrisson) serait la vraie réponse au problème de l'errance. Un objectif qui est loin d'être atteint !