Si vous pensez qu’une morale un peu raide est meilleure qu’une morale trop souple; si pour vous une raison tranchante vaut mieux qu’un compromis souple, alors ce livre est pour vous! À partir d’une belle citation de Charles Péguy, Paul Valadier, professeur de philosophie politique et morale, décortique de manière particulièrement rigoureuse la notion de compromis, éloignant au passage les mauvais arguments (« à notre époque plus rien de substantiel n’existe, mieux vaut-il faire un compromis. »). D’Aristote à Nietzsche, dont il est un spécialiste, en passant par Charles Taylor ou Jürgen Habermas, l’auteur dresse l’éventail des positions sur des sujets aussi variés que la morale ou la politique. Sur la confrontation avec Habermas, on aimerait sans doute en savoir un peu plus… Si, bien sûr, le philosophe excelle sur son champ politique, la dernière partie sur le discernement spirituel ne manque pas d’intérêt. Il l’aborde à travers Hannah Arendt, mais aussi en référence à Gaston Fessard, jésuite, philosophe et théologien. Paul Valadier nous ouvre au jugement moral comme discernement permanent, pour lequel rien ne peut être figé et s’arrêter simplement sur des principes sévères mais aveugles. C’est dans l’épaisseur du réel, dans ses hésitations et ses reculs que l’auteur nous entraîne, pour mieux coller au réel au risque d’être traité de casuiste. C’est bien par ce chemin que la morale parle à la réalité de nos vies.
Raoul Veult, « La part des choses. Compromis et intransigeance », Ceras - revue Projet n°322, Juin 2011. URL : http://www.ceras-projet.com/index.php?id=5114.