Sous un titre et un sous-titre un peu abstraits se cache un petit joyau. L’économie vécue dans toutes ses dimensions humaines. Ici, pas de modèles mathématiques brillants mais déconnectés de la réalité, pas de considérations spéculatives sur le néant du trou et le trou du néant, rien qui ne soit testé au plus près du ressenti par l’auteure. Ce n’est pas non plus un simple témoignage empirique sans cohérence. Elena Lasida est à la fois une praticienne de terrain, qui a appris auprès des populations défavorisées d’Amérique latine combien l’économie est encastrée dans l’imaginaire, les sentiments ou les valeurs religieuses, et une intellectuelle, professeure à l’Université catholique de Paris, capable de traduire en langage rigoureux les états d’esprit qui président à la pratique de l’économie. L’économie est à la fois réponse aux besoins et créatrice de lien social; elle se fonde davantage sur une alliance que sur des contrats individualisés, elle est relation et symbole d’un avenir possible. Bref, en dix chapitres qui conjuguent avec bonheur expérience de la solidarité pour un développement durable – lieu d’excellence de l’auteure –, visée d’une économie éclairée par la théorie des conventions, et inspiration biblique, Elena Lasida nous offre un vin à déguster par petites gorgées et nous libère de la « science lugubre » (Thomas Carlyle) en donnant de la chair et du sens à l’économie.
Etienne Perrot, « Le goût de l’autre. La crise, une chance pour réinventer le lien », Ceras - revue Projet n°322, Juin 2011. URL : http://www.ceras-projet.com/index.php?id=5114.