Dans un continent qui en a tant besoin, il a suscité une nouvelle espérance auprès des chrétiens appelés à mettre en oeuvre cette " Nouvelle Pentecôte ".
I - Deuxième Synode de la Nouvelle Pentecôte
« L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix ». Tel était le thème du Deuxième Synode des Évêques sur l’Afrique qui s’est tenu à Rome du 4 au 25 Octobre 2009. Ce synode a réuni non seulement les délégués de l’Église-famille d’Afrique, mais aussi des représentants des Églises d’autres continents. Y ont participé des prêtres, des religieux, des laïcs, des membres des Églises Réformées, des non-chrétiens. Ensemble, comme une figure d’une humanité réconciliée, ils se sont penchés sur le rôle de l’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.
La question de la réconciliation
Les membres du Synode ont encouragé la pratique du sacrement de la réconciliation, au niveau personnel comme communautaire. Leur réflexion a porté à la fois sur les formes non sacramentelles de célébration de la réconciliation comme sur la nécessaire inculturation du sacrement. Celui-ci n’est pas à vivre comme un acte ponctuel, mais comme une spiritualité, une manière de vivre qui favorise la paix, la justice et la fraternité. Les Pères synodaux ont demandé « à tous les citoyens et les gouvernements africains de reconnaître leur fraternité et de promouvoir des initiatives en tous genres qui encourageraient la réconciliation et la renforceraient de manière permanente à tous les niveaux de la société ». La responsabilité de « la communauté internationale est de soutenir fortement la lutte contre toutes les manœuvres qui déstabilisent le continent africain et en causent constamment ses conflits. » Cette recherche de la réconciliation passe par le dialogue œcuménique et interreligieux, mais aussi par la protection de l’environnement et la réconciliation avec la création. Le Synode propose que les pays africains célèbrent chaque année un « Jour de la réconciliation » et honorent la mémoire des grands témoins qui ont donné leur vie pour ce service.
Le thème de la justice
« La réconciliation entre Dieu et l’humanité et au sein de la famille humaine produit la restauration de la justice et impose des exigences légitimes dans les relations ». Le Synode a encouragé la création de « Commissions pour la Justice et la Paix » dans les diocèses et les paroisses. Il a aussi plaidé pour une économie au service des pauvres, dénonçant avec vigueur un ordre économique injuste qui conduit à une perpétuation de la pauvreté. Pour lutter contre la fuite des cerveaux, un appel a été lancé aux intellectuels et professionnels africains, les invitant à cultiver « le sens du sacrifice et du service de leur peuple aux dépens duquel ils ont été formés ». Pour une meilleure contribution de l’Église à la promotion de la justice en Afrique, le Synode demande que « la Doctrine Sociale de l’Église devienne obligatoire dans les programmes de formation des prêtres et des consacrés, de même que dans la formation et les activités des laïcs dans l’Église et dans la société ».
Le thème de la paix
A été suggérée la mise en place de nouvelles structures qui permettent à l’Église de jouer son rôle d’artisan de paix : une semaine de prière pour la Paix et la Réconciliation en Afrique, la création d’une « Initiative Africaine de Paix et de Solidarité » qui pourra « intervenir comme acte de solidarité et aider l’Église locale à la résolution de conflits et à la consolidation de la paix à travers le continent avec ses conseils avisés sur la justice, la réconciliation et la paix. » En lien avec cette initiative, des « Conseils de Consolidation de la Paix » seraient constitués au sein des « Commissions Justice et Paix » diocésaines, nationale, régionales et continentale. Enfin l’idée est avancée d’un « Observatoire pour la Prévention et la résolution des conflits ». Pour que ces différentes structures ne soient pas des coquilles vides, le Synode demande que les responsables d’Églises et notamment que « les formateurs des séminaristes suivent un cours qui inclut des études sur la paix et la gestion des conflits ». La création de facultés de sciences politiques dans les universités catholiques a été encouragée.
En somme, ce Synode sonne l’engagement de l’Église-famille dans la société africaine : une « Nouvelle Pentecôte pour l’Afrique », un envoi en mission pour une tâche difficile et délicate. Mais ce n’est pas une mission impossible !
II- Un nouveau départ pour l’Église d’Afrique ?
Le thème du Synode n’était pas original : il touchait aux questions qui sont à la une des médias en Afrique comme ailleurs. Et on peut remarquer que les Lineamenta (documents préparatoires du Synode), faisaient déjà référence à un nombre impressionnant de documents d’Église relatifs aux mêmes thèmes. L’Église aussi bien universelle qu’africaine a déjà un discours social sur ces questions. La nouveauté est d’avoir osé aborder en assemblée synodale ces questions douloureuses et délicates dont souffrent les Africains et l’Église en Afrique. C’est un signal fort, promesse d’un engagement plus conséquent et prophétique de l’Église dans les domaines socioculturel, économique et politique.
En effet, les participants ont dénoncé clairement les dictatures politiques, le manque d’État de droit, l’inculture des dirigeants, la violation des droits humains, parmi les déficiences politiques qui nourrissent les conflits en Afrique. Mais bien des formes d’impérialisme y contribuent aussi. Ils ont également souligné les méfaits de la pauvreté, la mauvaise gestion économique, la corruption, l’exploitation de l’Afrique par des Africains et par des étrangers (notamment par les multinationales). Enfin au plan socioculturel, le Synode a relevé les conséquences de la mondialisation qui met à mal les cultures africaines et leurs valeurs, de la prostitution, du SIDA, des enfants soldats, de la sous-valorisation des femmes, de la désagrégation de la famille. Pour autant il n’a pas fermé les yeux sur les faiblesses de l’Église elle-même : l’infidélité de certains agents pastoraux, les abus de pouvoir, la recherche du gain au détriment du service humble et pauvre, la faible implication des laïcs dans la gestion et dans la réflexion ecclésiales, etc.
L’après Synode
Le plus important commence maintenant. Le plus difficile, c’est l’après Rome. Si le Synode s’est voulu comme une « nouvelle Pentecôte pour l’Afrique », on peut se demander si les chrétiens d’Afrique sont suffisamment préparés pour assumer un tel engagement. Le discours de l’Église sera-t-il entendu par les dictateurs, les putschistes, les rebelles, les ethnies en conflits, les multinationales prédatrices ? On pense à Mgr François-Xavier Maroy Rusengo, archevêque de Bukavu en R.D. Congo, qui a dû quitter le Synode dès le deuxième jour pour assister les prêtres et les chrétiens de son archidiocèse attaqué par des rebelles. Belle image de l’engagement de l’Église ! Mais qu’a pu faire l’archevêque une fois à Bukavu ? Il a certainement dénoncé, protesté… mais hélas, la guerre continue dans les Grands Lacs. Le travail pour la paix, la justice et la réconciliation, ne se fera pas seulement à travers des déclarations ; il suppose un long chemin, un dialogue patient toujours à reprendre.
Le Synode a insisté sur la formation des agents pastoraux afin qu’ils soient aussi des agents de réconciliation. Le clergé, les religieux et religieuses et les laïcs engagés sont formés pour les sacrements et la catéchèse, ils ne sont pas suffisamment outillés pour aborder des questions politiques et de société, des questions relatives à la réconciliation, à la justice et à la paix. Certes, on se rappelle qu’au début des années 1990, des évêques africains ont été sollicités dans plusieurs États pour présider les « Conférences Nationales Souveraines » qui ont favorisé une transition politique plus ou moins paisible. Aujourd’hui encore, l'Abbé Apollinaire Malu Malu Muholongu préside la Commission électorale indépendante en R.D. Congo. Mais ces exemples sont restés des exceptions, des services ponctuels, qui malheureusement, n’ont pas débouché sur une vraie pastorale structurée en vue du témoignage chrétien dans les situations de conflit et d’injustice.
L’Espérance renouvelée
Mais cette espérance n’est pas une espérance passive. Elle porte en elle-même la tâche à accomplir ; elle suscite l’engagement et met en route des femmes et des hommes pour inventer un avenir meilleur à partir des réalités concrètes de l’Afrique. Elle permet à l’Église-famille d'accepter de se situer face à elle-même, dans une laborieuse quête de sa vérité, en s'avouant ses faiblesses pour mieux tirer parti de ses richesses. Portés par cette espérance, les 158 millions de chrétiens que compte l’Afrique pourront aider l’Afrique tout entière à assumer sa part de responsabilité dans le mal-être du continent, l’aider à se défaire de l'image pitoyable qu'elle donne au reste du monde ou qu'on lui donne. L’Église peut contribuer à former des Africains capables de puiser dans le trésor de leurs cultures les ressources nécessaires pour rétablir la dignité des uns et des autres. C'est d'abord sur elle-même que l'Afrique devra compter, sur les initiatives, l'intelligence et le courage de ses habitants. Dans ce sens, les Pères du Synode recommandent que la mémoire des grands témoins qui ont donné leur vie au service de l’Évangile et du bien commun ou pour la défense de la vérité et des droits humains, soit gardée et fidèlement rappelée. Le Synode a placé l’Afrique face à ses responsabilités. Les nombreuses initiatives concrètes suggérées par le Synode laissent augurer que celui-ci ne débouchera pas sur un document de plus, mais donnera lieu à une véritable pastorale sur les questions de réconciliation, de justice et de paix, au niveau de chaque paroisse et diocèse, de chaque pays et au niveau de l’Afrique tout entière. Espérons que l’expérience de la « Nouvelle Pentecôte » vécue au Synode se transmettra à tous les chrétiens d’Afrique et les mettra en route pour bâtir la famille africaine à travers la promotion de la dignité de chacun et de tous, comme fils et filles de Dieu.
Brice Bado, jésuite burkinabè